21
juin
2022

DANS SA BULLE…

Dur, dur d’associer l’auteur-scénariste Bruno Thielleux, dit Brüno, à un seul genre de BD tant les sujets qu’il aborde et les formes des albums qu’il produit sont différents : western, SF, polar, porno, récits de guerre, jusqu’à la tragédie Grecque revisitée (sujet de son dernier album T’zée). Brüno est un auteur prolifique et complexe. Sous les apparences trompeuses d’un homme discret, se cache en réalité le Tarantino du 9e art ! Ambiance.

Héritier de la ligne claire dont il maîtrise les codes, le trait et l’épure, ce fils de militaire (sic), élevé jusqu’à l’adolescence dans une petite ville d’Allemagne (ach so!), a été biberonné au cinéma américain et à la musique soul (yeah). Nous sommes reçus chez lui, sur les hauteurs de Chantenay. Une belle maison où règnent l’ordre, le design et un silence appréciable, jusqu’à ce que dans le jardin, des bruits sourds rompent l’harmonie ambiante. Chaque impact d’une cerise qui bombarde le sol nous fait sursauter. En tournant la tête, on croise le regard de plantes carnivores. Une écriture enfantine l’indique sur un pot en terre.
Bizarrement, à cet instant même de l’entretien, on sent pointer la gêne. Il faut dire aussi que toutes les questions tombent à plat. Là où l’on voit l’influence de Nantes sur son œuvre, il n’en est rien. Ni son album Nemo librement adapté de 20 000 Lieues sous les mers de Jules Verne, ni Atar Gull ou le destin d’un esclave modèle d’après le roman d’Eugène Sue sur la traite négrière, n’ont été inspirés par l’histoire de la ville. Il s’agit juste de commandes de ses éditeurs. Bon ok, ce n’était peut-être pas une bonne question, du coup, on en revient aux origines. Des études supérieures en arts graphiques, un an à l’école Estienne à Paris et une maîtrise d’arts plastiques obtenue à la fac de Rennes ne l’empêchent pas de se définir comme un autodidacte de la BD. Une période fanzines marque ses débuts, suivies d’autoproductions qui l’amènent vite à démarcher les éditeurs et à se faire publier dès 1996.
Alors l’arrivée à Nantes, c’était motivée par des dessinateurs du cru ? Pas vraiment, c’est juste une histoire d’amour qui l’a conduit ici. Ah mince ! Pourtant on évoque les dessinateurs Cyril Pedrosa et Hervé Tanquerelle espérant qu’il parle de leur collaboration sur le magazine de BD numérique Professeur
 Cyclope mais non rien. Juste qu’il a travaillé avec eux dans le même espace au Blockhaus DY10 dans les années 2000. Passons. Ensuite, il y a les rencontres avec des scénaristes comme Fabien Nury ou Appollo qui produiront respectivement les séries Tyler Cross et Commando Colonial 
et le succès qui va avec.
Depuis 25 ans qu’il dessine, on lui fait remarquer qu’il a évolué facilement. « C’est sûrement le travail, ou le talent  ». Tiens tiens, il se reconnait une qualité, lui qui parlait jusqu’à présent avec modestie de son style synthétique et se définissait comme un dessinateur laborieux. Nourrit de toutes les influences, des Schtoumpfs de Peyo, au Lucky Luke de Morris, de son admiration pour l’expressionnisme des Argentins José Muños et Alberto Breccia ou de la virtuosité à l’aquarelle du maître Hugo Pratt, Brüno a digéré tous les styles et a trouvé des solutions techniques à ce qu’il croyait être ses limites.
L’originalité, il l’a trouvé dans le montage et des cadrages cinématographiques. Car ses BD se lisent de manière fluide, aidé par le scénario bien sûr mais aussi par un découpage moderne qui s’inspire du rythme des série Z. L’alternance des plans généraux à serrés, la contre-plongée, le procédé de la voix off, le traitement des couleurs associé à un personnage ou une situation, voilà sa force et son originalité. À celui qui paraît aimer dessiner les méchants, les gangsters, les militaires véreux, les femmes nues, l’Afrique et les villes futuristes, on lui demande pour finir pourquoi il n’a pas encore exploré le genre de la BD pour enfant.
La réponse tombe : « on ne demande pas à Clint Eastwood de faire du Rohmer ! » ah, très bien… Une ligne claire mais au service d’un trait dur.

Ann Daloune

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