20
septembre
2022

LES TROUBLES DE L’APPRENTISSAGE : UN ENFANT, ÇA APPREND TOUT LE TEMPS

On l’a vu, avoir un champ lexical étendu est une aide précieuse pour l’acquisition de la lecture et l’écriture par la suite. Avec Marine Chérel, orthophoniste libérale et enseignante à l’université de Nantes, on pousse un peu le bouchon sur des axes de prévention…
que les enfants aient des troubles ou non !

Pouvez-vous nous expliquer pourquoi la richesse du vocabulaire est si importante et comment on aide à l’acquisition ?
En fait, c’est du bon sens. Si un enfant n’a jamais entendu le mot fauteuil, parce que dans son entourage on emploie le mot canapé ou truc
pour s’asseoir, quand il va décoder le mot, il y a peu de chance qu’il soit sûr qu’il existe. On sait que l’on apprend plus facilement dans des situations de complexités variées. C’est-à-dire que l’on connaît vraiment un mot quand on l’a entendu environ 10 fois par 10 personnes différentes. Il faut avoir entendu le mot avion dans des différentes constructions de phrases pour savoir que ce n’est pas un « navion » !
On apprend donc dans la relation avec l’autre. Et l’acquisition du vocabulaire, se fait via la description des actions ou demandes : « mets plutôt ta jupe en velours rouge que ton jean »… Donner du lexique dans des choses très concrètes, c’est bien ! C’est mieux que de dire « mets ça » !

Il y a une dégradation du lexique ?
Oui, on fait des phrases de plus en plus courtes, on simplifie, on dit facilement « truc » ou « machin ».

Ça pourrait être dû à cette société qui veut toujours aller plus vite ? À la présence des écrans aussi ?
La base, c’est le rythme, il est perçu très tôt, et ça commence même in utéro avec les 5 sens : de manière visuelle, auditive ou kinesthésique… et le rythme, ça aide à découper la chaîne sonore. Mais aujourd’hui tout s’accélère trop !
Il suffit d’écouter un dessin animé pour se rendre compte que le débit de parole et les stimulations sonores sont ultra rapides. Or un enfant de 6 ans parle à la vitesse de 4 syllabes par seconde. Si tu lui réponds à plus de 7 syllabes par seconde, il ne va pas suivre ! Finalement, le fait de parler doucement en articulant aux enfants, c’est hyper important et adapté. Pour réussir à découper les sons mentalement, toutes les comptines, les charades sont d’excellents jeux de phonologie. Les chansons, les jeux de rimes, trois petits chats… ce n’est pas là juste pour casser les oreilles des parents dans la voiture. C’est utile pour la phonologie et la mémoire.
Pour les écrans, tous les parents connaissent cette injonction PAS D’ECRAN mais la question, c’est pourquoi ? Parce que cela a un réel impact sur les capacités attentionnelles. Et c’est vrai, on s’aperçoit qu’il y a un gros problème d’attention. On imagine aisément que si tu n’es pas attentif, tu ne peux pas apprendre et mémoriser. Mais l’attention, ce n’est pas monolithique, ce sont DES phénomènes.
Globalement, il y a une accélération et un cumul des tâches or le cerveau ne peut pas faire deux choses en même temps. Lorsque l’on fait deux choses, c’est qu’on passe de l’un à l’autre très vite. Les enfants savent toujours se concentrer mais ils ont un circuit de la récompense qui n’est câblé que sur des choses très très rapides. Notre système d’apprentissage n’est fondé que là-dessus et l’on cherche tous à avoir des choses qui nous font plaisir… Et lorsque l’on est habitué à ce que tout arrive très vite, c’est difficile de ralentir.

On fait comment alors ?
Pour les écrans, c’est surtout ne pas faire d’autres choses en même temps. C’est à petite dose, jamais avant l’école, jamais après le dîner et le reste du temps, on fait comme on peut mais quand l’enfant regarde quelque chose, il ne fait que ça.
Par rapport à l’effort, on ne peut vouloir seulement ce que l’on sait être capable de faire. Le « quand on veut, on peut » n’est pas vrai, c’est quand on peut, on veut. Par exemple, si tu n’aimes pas l’eau. Ce n’est pas en te disant « va dans le grand bain et fais-moi quatre longueurs » que tu vas te dire « c’était super, j’y retourne » !
En revanche, si tu te rends compte qu’avec une balle et 40 centimètres d’eau, tu peux t’amuser, faire des passes… Bref, te sentir bien dans la piscine, tu auras plus envie d’y retourner. C’est la théorie des petits pas.

Donc on ralentit…
Ralentir aujourd’hui, c’est révolutionnaire ! Ça ne pourra qu’apporter quelque chose de favorable. D’ailleurs, physiologiquement, on a le temps à un certain niveau. Il faut savoir, par exemple, que le « R » arrive très tard dans les phonèmes. On considère que, pour l’ensemble des sons de la langue française, on a jusqu’à 7 ans pour les avoir en production.
Des phonèmes qui ne sont pas produits n’empêchent pas de bien les lire et les écrire. Parfois, c’est même l’écrit qui aide à articuler. En revanche, plus jeune, c’est aussi être attentif à des demandes, qui ne sont pas forcément verbales, pour prendre le temps de laisser répondre l’enfant et ne pas anticiper toutes ses demandes. La première chose qui fait que l’on se met à parler, c’est que ce n’est pas accessible autrement. Au départ, on pleure, après ça devient un plus élaboré. Et faire émerger des demandes, c’est important quand on a l’impression qu’il y a peu de langage. Sans faire semblant de ne pas comprendre, parce que ce ne serait pas juste.

Propos recueillis par Valérie Marion

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